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L'évaluation formatrice... en actes chez Fernand Oury
1. L'évaluation formatrice
Ce type d'évaluation trouve son origine dans une recherche locale menée dans les années 1974-1977 dans un lycée de Marseille, dans lequel une équipe de chercheurs conduite par G. Nunziati étudiait les effets d'une transformation des comportements d'évaluateur sur les performances des élèves en difficulté. Ce n'est qu'en 1982 que le québécois G. Scallon proposa le terme d'évaluation formatrice pour marquer la spécificité d'une telle recherche, menée dans le cadre des institutions scolaires.L'évaluation formatrice reprend les études en docimologie et les travaux sur le concept d'évaluation formative. Mais elle se distingue de l'évaluation formative : "C'est l'élève lui-même qui doit assurer la régulation du circuit d'apprentissage, la gestion de ses erreurs et de ses réussites". L'évaluation formatrice pose comme point de départ que les instruments privilégiés de la construction des apprentissages sont :
- l'appropriation par les élèves des critères d'évaluation des enseignants
- la pratique de l'autocontrôle, l'autogestion des erreurs
- la maitrise des processus d'anticipation et de planification de l'action.
C'est tout particulièrement cette appropriation des critères d'évaluation par l'apprenant qui caractérise l'évaluation formatrice...
...et c'est cette appropriation des critères d'évaluation qui est une des clés de voute du dispositif créé par Fernand Oury.
2. Fernand Oury (1920-1996), le judokaFernand Oury est né en 1920 dans une cité de banlieue parisienne. Devenu instituteur (dans l'école même où il avait été élève) il ne savait que faire de ces enfants enfermés dans ce qu'il appelait une « école-caserne ». Instituteur des villes, il rencontre un grand « instituteur des champs » : Célestin Freinet. Il va mettre en œuvre les « techniques Freinet » et, très vite, les enrichir à partir de sa propre expérience.
« J'avais des enfants de niveau très différent. Je cherchais à les faire travailler ensemble pour éviter l'émiettement du travail individualisé. Il s'est trouvé que j'étais judoka, et que j'ai remarqué que, sur un tatami, travaillent ensemble des gens très différents. Il ne s'agit pas de faire n'importe quelle prise à n'importe qui, on risquerait la casse. J'ai transposé ça à l'école (...) » Fernand Oury[1]
Oury explique qu'à l'école, très souvent, le maitre fait trébucher les élèves les plus faibles en leur proposant des exercices trop difficiles pour eux, auxquels ils ont des mauvaises notes. Ce n'est pas, selon lui, la bonne solution. La bonne solution, c'est de respecter le niveau de chacun, de permettre à chacun de savoir où il en est, et de se donner des défis, de passer au niveau au-dessus quand il se sent prêt, quand il a le sentiment qu'il peut faire des exercices un peu plus compliqués. Tel élève aura, ainsi, une ceinture marron en calcul mais il pourra avoir une ceinture jaune en grammaire ou en orthographe parce qu'il est plus faible dans ces disciplines.
Oury a donc une conception radicalement novatrice de l'évaluation. L'élève ne passe pas une épreuve simplement pour obtenir une note ou parce que le maitre l'a décidé. Il passe une épreuve parce que c'est un véritable défi pour lui, un défi pour lequel il se prépare et qu'il relève seulement quand il se sent prêt à le faire.
C'est ce principe de progression matérialisée par des ceintures (étapes) de couleurs que j'ai choisi de mettre en place dans ma classe cette année.
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[1] Cité par Philippe Meirieu dans Fernand Oury : Y a-t-il une autre loi possible dans la classe ? page 5 (Éditions PEMF)

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